Dimanche 14 mars 2010
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19:00
CHEZ LE MARCHAND
DE
CHAUSSURES
(sketch)
La
scène se passe dans un magasin de chaussures.
On
est proche de la fermeture. Une cliente, sans doute là depuis un moment, essaye une énième paire de chaussures.
La
vendeuse n’est pas représentée. Elle n’existe que par le texte et les jeux de scène de la cliente.
Tout le texte doit être interprété de manière positive.
Le
décalage est justement du fait que les chaussures ne vont pas du tout mais la cliente a le ton et les attitudes de quelqu’un d’enchanté qui est ravie du modèle, mais hésite
encore.
-
Ah ouiii ! Celles-ci sont très moches ! Je peux les essayer ?… Ah! Et puis, on y est
vraiment très mal. Très très mal ! Mais elles sont si moches ! Et puis elles ne vont pas du tout avec ma jupe. Comme je cherchais justement un modèle pour porter avec cet ensemble… Là,
on est bien tombé. Ça ne va pas du tout !…
(Elle fait quelques pas)
On est mal, hein ? C’est du bois la semelle ?… Non ?… Du ?… Cuir ?… Très sec, alors ! On
sent bien la rigidité !… Si ça me gêne ? Pas vraiment. La hauteur du talon est bien. Pardon ?… Y a pas de talon ? (Elle vérifie)
C’est vrai, ça ! ça fait planche ! Suis-je sotte ! Ah ! Oui !… Maintenant je le sens bien… On est au même niveau devant et derrière ! C’est pour ça que la démarche
est si raffinée ! (Elle fait quelques pas lourdement)
…Et au niveau de la couleur, vous auriez
plus vert ?…. Non ? Remarquez, c’est déjà très vert ! Comment dire ? Début gastro-entérite ! Plus vert, ce serait carrément diarrhée !…
(Un
temps de réflexion)
Ah ! Je suis tentée !… Non !
Les autres, vous pouvez les ranger. Celles-ci sont trop souples : on dirait des chaussons. J’aurais l’impression de sortir en pyjama… Celles-là ? Ah non, les talons sont trop plats. Oui
je sais ! C’est pareil que les planches que j’ai aux pieds, mais là, au moins, je sais qu’il n’y a pas de talon. C’est différent.
(Elle tourne et retourne devant la glace avec les affreuses chaussures)
Oui ! Celles-ci, on y est vraiment trop
mal… Et le prix ? (Elle regarde les deux étiquettes collées chacune sur une semelle)
124€ ? C’est la paire ou la pièce ?…. La paire ? Ah ! Quand même ! Non, parce qu’il y a une étiquette sur chaque pied… On aurait pu penser….
Non ! La paire, ça va ! C’est cher, mais ça va. Enfin, ça va ! Façon de parler. Ce n’est pas donné quand même! Franchement, à ce prix on pourrait s’attendre à un peu plus de
confort. Vous êtes les seuls à vendre ce modèle ?... Ben tiens ! Tu m’étonnes !
J’ai fait pas mal de boutiques et je n’ai
effectivement rien rencontré de comparable ! Vous avez bien l’exclusivité de cette horreur, je vous le confirme ! On vous les a laissé en dépôt-vente ? ...Non ? Alors on vous
a menacé pour les vendre ?... Non plus ? Ah ! J’y suis ! C’est un pari !... Même pas ? Alors là, bravo ! C’est courageux de votre
part !
Bon ! Ce n’est pas tout ça, mais
l’heure tourne... Presque 19h déjà !!! Vous allez fermer peut-être ?... Dans 2mn ? Je me dépêche alors !
(Un temps assez long où elle tourne et retourne devant la glace... On doit sentir l’agacement croissant de la vendeuse par le
changement d’humeur de la cliente)
Bon ! Ecoutez, mademoiselle. Je ne peux
pas réfléchir dans ces conditions. Vous êtes vraiment désagréable. On dirait que vous n’avez pas 5 minutes. Un peu de patience que diantre ! Pardon ?... ça fait 2h que
j’hésite ?... Et alors ? J’ai le droit de réfléchir un peu non ! Au prix que vous vendez vos chaussures...
Non, vraiment, je ne peux pas. (Elle pose les chaussures, se masse les pieds, remets les siennes, pousse un soupir de soulagement, ramasse son sac et part)
Au revoir, mademoiselle ! Je ne vous
dis pas merci. De toutes façons, je n’avais pas l’intention d’acheter des chaussures. C’est un pantalon que je recherche.
FIN